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Publié par Françoise

 

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 J'ai toujours aimé le charme des jardins de curé et leurs presbytères. Mais j'aime aussi les jardins anglais, bien que ce soit deux stuctures différentes. On ne doit pas trouver dans le jardin de curé ces massifs allongés où chaque centimètre carré doit exploser de couleurs pendant plusieurs mois d'affilé.

 

Les jardins de curé sont ou étaient mis à la disposition des curés de paroisse, avec leurs logements, les presbytères, le plus souvent par les communes propriétaires.

Pour différentes raisons leurs caractéristiques, contrairement à ce qu'on croit généralement, n'obéissaient pas à des règles strictes ou à des usages constant.

Il y en avait en France, au 19e siècle autant que de paroisses, c'est-à-dire plus de trente mille. Leur grande majorité a définitivement disparu.

 

La superficie minimum du jardin n'a jamais été établie. Le directeur des Cultes constate ainsi en 1882 : "Il n'y a rien de fixe. Nous ne laissons pas réduire au-delà de six ou sept ares au minimum". Mais aucun texte n'en fait une obligation.

 

Décor et mobilier de jardins de curés

 

Les jardins de curés se trouvent associés à des accessoires que caractérisent la simplicité et la rusticité, à l'image des plantes elles-mêmes. Il doit y en avoir au moins sept.  

 

- l'eau pour arroser et abreuver les oiseaux  

- les fleurs pour fleurir l'église  

- le buis symbole d'éternité

- les  plantes médicinales pour soigner

- le potager et les arbres fruitiers pour se nourrir

- une vigne pour le vin de messe

- une statue de la Vierge 

     

Très souvent le centre est occupé par un petit bassin, rond ou hexagonal, bordé de pierres servant à l'irrigation et à abreuver les oiseaux.

 

Des bordures de buis qui en créant des rectangles réguliers accueillent des plantes officinales ou des fleurs à bouquets. Bien sûr, le curé s'en servira pour le bénir aux Rameaux. On y rencontrera également des bordures d'oeillets mignardises, de ciboulette, de fraisiers à petits fruits, ou de campanules des murailles.

Dans les rectangles, on peut admirer une pivoine, un groupe de tulipes ou un cardon au feuillage si altier... 

 

A l'ombre des arbres fruitiers les narcisses à petites fleurs, des pensées et des monnaies-du-pape. Des ancolies bleues comme à la mode d'autrefois, des marguerites des prés et des crocus peuvent leur tenir compagnie.

 

Les fleurs à connotation religieuse ne manquent pas, avec lesquelles remplir ce petit jardin ? Le premier critère sera le nom. Une fleur sans appellation française n'a pas droit d'entrée.

Seuls les acanthes, les ancolies, les anémones (chapeau de cardinal), les asters (oeil du Christ), les campanules, les digitales (gant de notre-dame), les nigelles de Damas (barbe de capucin),les oeillets mignardises, les coeurs-de-Marie, les lychnis (croix de Jérusalem), les roses de Noël, les iris, les pois de senteur, les roses trémières (bâton de St Jacques), les pivoines, les pavots, les primevères et les violettes ont droit de cité.

Il faut aussi laisser de l'espace aux fleurs annuelles qui sont de beaucoup les préférées. Les amarantes (discipline de religieuse), les capucines, les bleuets, les camomilles, les cosmos, les gaillardes, les immortelles, les juliennes, les lupins, les oeillets, les pavots somnifères, les pieds-d'alouette, les pois de senteur, les reines-marguerites, les résédas, les soucis et les tabacs forment une belle procession. Ajoutons pour les bouquets, les tulipes et les lis de la Madone bien entendu, sans oublier les narcisses et les gaïeuls.

 

Un coin de charmille conduite de façon à abriter un banc,  incite le curé à méditer ou à faire la sieste, dans la chaleur des après-midi d'été. Son orientation ne doit jamais être tournée vers le sud mais plutôt vers le nord ou l'est et juste assez en retrait par rapport à l'allée pour que personne ne puisse deviner si le maître des lieux est endormi ou dans ses pensées. Si la charmille n'est pas assez importante, une tonnelle de châtaignier refendu, simplement recouverte d'une treille peut joindre l'utile à l'agréable.

 

Le banc de pierre, simple dalle posée sur deux supports du même matériau, est le plus classique. Les bancs de bois ou associant fonte et bois font aussi l'affaire. Des tuteurs, bricolés par le ferronnier du village, peuvent soutenir rosiers, vignes ou plantes grimpantes.

 

Les fraises étaient les fruits les plus appréciés des curés, parmi les disparues il y avait la Saint Joseph, la Saint Antoine de Padoue et la Léon XIII après venaient les poires qui fournissaient le nec plus ultra des desserts. Dans les mémoires collectives, c'est la poire du curé qui revient, excellent fruit à cuire, surtout au vin mais la poire de Nonne, la Chartreuse, l'Abbé Edouard, la poire Monseigneur Affre, la beurré Blanc des capucines sont plus succulentes    

 

Naturellement on ne peut oublier des décors typiquement religieux comme des statues de la Vierge ou de saints, croix, bénitiers devenus jardinières...

 

 


Source : Jardins de curés, Michel Tournier & Georges Herscher, 1995, Actes Sud  

 

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